samedi 16 octobre 2010

Ecolabels et hébergements touristiques : coûts et résultats...en France!!!

Bon, on a compris, le label est un business qui rapporte.
Pour les hôteliers cela rapporte aussi.
Par contre encore une fois le consommateur est perdu dans la jungle des labels et c'est bien dommages.
Ci dessous un article lu dans ecotourisme magazine:

Des hôtels de plus en plus responsables ? C’est en tout cas ce qu’annonçait le rapport du cabinet Ernst & Young sur l’industrie hôtelière européenne en 2009. Plus qu’un effet de mode, les professionnels du tourisme savent que l’environnement doit désormais faire partie de leur offre pour répondre à une demande croissante du public. Les labels écologiques sont là pour récompenser les hébergeurs motivés. Quels sont ces labels ? Et à quoi servent-ils ?

Un nombre de labellisés en nette progression

En France, il existe six labels ou qualifications – sur une quarantaine dans toute l’Europe - qui concernent l’hébergement touristique : l’Ecolabel européen, La Clef verte, Ecogîte et Gîtes Panda, ainsi que Green globe et Hôtels au naturel. « Ces labels sont différemment appréciés selon la taille et le type d’hébergement. La Clef Verte est bien perçue par certains professionnels du tourisme rural du fait de son coût et des investissements plus faciles à mettre en place. Le Green Globe et l’Ecolabel Européen se retrouvent chez une autre clientèle plus aisée, du fait du coût important de l’audit, supérieur à 1000 euros », résume Théophane Desvages, chargé de développement à l’Association française de l’écotourisme. La Clef verte a été créée en 1994 au Danemark, elle est présente aujourd’hui dans 14 pays européens et du pourtour méditerranéen. Créée en France en 1998, la labellisation des hôtels y est relativement récente, et depuis, lorsqu’une chaîne s’engage dans la démarche, les chiffres grimpent vite. « En un an, nous avons enregistré une progression de 70 % », se réjouit Marie Leplay, responsable nationale Clef Verte.

La démarche pour être labellisé est sensiblement la même que pour tous les autres types de labels et qualifications : postuler, remplir un questionnaire d’autodiagnostic, renvoyer le questionnaire, visite d’un auditeur, puis délibération du jury. Les critères sont hiérarchisés, certains sont optionnels. Ils concernent les sujets liés à l’environnement : déchets, eau, énergie, politique d’achats, bruit, air et intégration paysagère,... Pour la Clef verte, les frais de participation varient entre 200 et 800 euros selon la taille de l’établissement. Pour le renouvellement, le coût de l’audit varie entre 120 et 600 euros. « La démarche n’est pas complexe. Comme c’est un label annualisé, les critères de départ ne nécessitent pas de gros investissements, car l’objectif est surtout d’accompagner les postulants vers une optimisation de leur établissement », explique Marie Leplay. Sur le nombre de demandes, La Clef verte enregistre 70 % de retour de dossiers. 80 % d’entre eux environ reçoivent le label.

Créé en 2003 et révisé en 2009, le règlement concernant l’Ecolabel Européen sur les hébergements touristiques est appliqué à ce jour par 65 établissements français. Au niveau de l’Europe, c’est l’Italie qui arrive en tête avec plus de 200 hébergements labellisés. Dans les campings français, l’Ecolabel européen dédié a été attribué depuis sa création en 2005 à 16 établissements. Depuis deux ans, on assiste à une augmentation sensible de l’intérêt des établissements à recevoir la « petite fleur ». « Fin 2008, nous ne comptions en France que 28 hôtels et 2 campings labellisés », commente Patricia Proia, responsable du pôle Environnement à l’Afnor. Désormais, le nombre de critères obligatoires a été réduit, de 37 à 29. La sensibilisation du personnel ainsi que la communication auprès de la clientèle ont été simplifiées. « Mais dans cette version 2009 de l’Ecolabel, d’autres critères plus stricts ont par contre été ajoutés : l’utilisation d’énergies renouvelables doit être de 50 % contre 22 %, en outre le débit moyen des eaux de douches et robinets doit correspondre à 9 l/min contre 12 l/min », annonce-t-elle. Un autre point positif concerne la nouvelle tarification. Depuis début 2010, celle-ci dépend désormais de la taille de l’entreprise et non plus de son chiffre d’affaires.

Les frais d’admission et d’instruction du dossier de demande s’élève à 1200 euros HT pour le tarif de base, et de 600 euros HT pour les PME et 200 euros HT pour les TPE. Les frais d’audit s’étendent de 600 euros HT à 1500 euros HT, selon la taille de l’établissement, auquel il faut ajouter les frais de déplacements de l’auditeur. Cet audit est réalisé tous les deux ans, seule la première année, une surveillance est réalisée auprès de l’établissement, facturée à 200 euros HT. Enfin, le montant de la redevance annuelle varie de 100 à 1500 euros HT. Cette redevance est utilisée pour la défense de l’écolabel européen et de ses titulaires, pour l’information et l’assistance gratuite des clients de service certifiés, au suivi des travaux internationaux, la défense des intérêts du système français et enfin à la promotion de la marque. « Les établissements de grande taille étaient rebutés par le coût de la labellisation, proportionnel à leur chiffre d’affaires. Avec la nouvelle version, cela devrait changer la donne », espère Patricia Proia.

Les sites protégés ont aussi leur label

Ecogîte a été lancé en 2007, mais en 2009, Gîtes de France a rajouté une charte et un logo. Le projet de cette qualification est parti de la région Paca, des départements Hautes-Alpes et Bouches-du-Rhône principalement. Les directeurs de ces relais départementaux Gîtes de France ont senti le vent venir. « Ecogîte est destiné aux établissements qui font déjà partie du réseau Gîtes de France. Pour eux, le nombre d’épis reste le même et la démarche est gratuite », résume Patricia Pansier, responsable du département Bouches-du-Rhône. En janvier 2009, 50 Ecogîtes étaient recensés, un an après, on en compte plus du double. Plus ancien, le label Gîtes Panda, à l’initiative de WWF-France en 1993, comptent lui près de 280 qualifiés. Les « Gîtes Panda » sont des gîtes ruraux, des chambres d’hôtes ou des gîtes de séjour, préalablement agréés Gîtes de France, situés majoritairement sur un territoire de Parc naturel régional ou de Parc national. Un quota de 10 % de Gîtes Panda « Hors Parcs », situés sur des sites remarquables, est toutefois possible. Enfin, « Les Hôtels au naturel » est destiné aux hôtels situés au sein d’un parc naturel régional. Initié par la fédération des parcs naturels régionaux, la France compte aujourd’hui 22 hôtels identifiés au travers de la marque « Accueil du parc ». Le nombre d’établissements Green Globe est lui au nombre de 9. Ce label est basé sur les engagements pris par l’industrie du tourisme au sommet pour la terre de Johannesburg de 1992. Les auditeurs sont François tourisme & Consultants et Mirabelle. Ce label a surtout une portée internationale. L’Asie et le Pacifique, à l’origine du développement du label, restent encore les deux continents qui comptent le plus de labellisés.

A l’heure actuelle, difficile de dire si les labels participent à l’augmentation de la fréquentation des sites. « A l’échelle française, la Clé Verte et l’Ecolabel européen ont la plus grande visibilité. Mais dans les faits, le label Ecogîtes remporte un sacré succès, car le site internet de Gîtes de France est très visité », annonce Théophane Desvages. Les démarches sont le plus souvent personnelles. « Un gérant motivé, c’est toute une équipe derrière, car la labellisation est très fédératrice », ajoute Patricia Proia, même si elle reconnaît qu’il faut des moyens et du temps.

Des gains dès la première année

Du temps donc, et des investissements qui peuvent aller du remplacement simple des lumières par des ampoules basses consommations ou la mise en place de poubelles de tri à des équipements plus lourds, type panneaux solaires ou géothermie. La mise aux normes écologiques d’un établissement entraîne un surcoût estimé entre 10 à 20 %. Un investissement à long terme qui peut aussi rapporter des économies immédiates sur les coûts de fonctionnement. « Beaucoup d’hôtels haut de gamme me faisait cette confidence : être labellisé fait gagner de l’argent. Au niveau de l’eau, de l’électricité, l’amortissement peut se faire au bout d’un an. De même avec les produits de bain, les économies sont immédiates, pour cette raison, certains établissements n’hésitent pas à proposer d’autres services pour ne pas froisser les clients », ajoute Patricia Proia. Sur les questionnaires de renouvellement d’audit, les économies d’eau réalisées sont souvent communiquées, car faciles à mettre en place. « Les résultats oscillent entre 20 à 30 % », commente Marie Leplay. Dans l’ouvrage « Mon hôtel & l’environnement » publié en 2006 par l’Ademe, un gérant d’un hôtel indépendant en Grande-Bretagne affirme avoir économisé 154 m3 d’eau soit environ 400 euros dès la première année, grâce à l’installation de douches à faible débit, des chasses d’eau à volume réduit et en plaçant des bouteilles pleines d’eau dans les réservoirs des autres toilettes. De même, l’Hôtel Nikko annonce avoir réduit de 6 % sa consommation d’électricité et de 9 % celle de fuel grâce à plusieurs actions comme réduire la température de 5 ° l’eau chaude sanitaire, éteindre les chaudières entre 1h et 5h du matin, et maintenir des températures à 20°C en été et 21-22°C en hiver.

En terme de visibilité, tout dépend de ce que les lauréats font. S’ils communiquent, ça marche. En décembre 2009, l’hôtel Best Western Nîmotel dans le Gard était récompensé au salon international de Pollutec par le jury du « Grand prix Ecolabel » pour ses actions de communication autour de son Ecolabel européen Service hébergement touristique. Depuis, le Nîmotel est cité dans grand nombre de presse. « A La Clef verte, nous n’avons pas les moyens de communiquer. On encourage alors les hébergeurs à communiquer individuellement. Mais ce que l’on peut dire sur la satisfaction des labellisés est que depuis cinq ans, nous enregistrons 95 % de renouvellement », souligne Marie Leplay. Et aujourd’hui, communiquer devient facile. Les maisons d’édition ont bien compris l’enjeu. En 2008, Hachette publiait Le Guide de l’Ecotourisme du Petit Futé et le Guide du Routard « Tourisme durable ». En février 2010, Michelin a sorti lui aussi son guide intitulé « Vacances au vert ». « Pour sélectionner les 250 adresses retenues, nous avons pris en compte les labels, que nous n’omettons pas de mentionner dans le guide », souligne Sylvie Gillet, éditrice des guides « Découvertes et déclinaisons ». A savoir également que l’organisme de formation spécialisée dans le tourisme responsable SPE Tourism, propose dans son catalogue des formations dédiées au marketing et à la promotion de projets environnement.
Sensibiliser le personnel
Les institutions tentent aussi d’appuyer la tendance. Dans l’hôtellerie, pour obtenir la fameuse étoile, il va falloir désormais tenir compte de nouveaux critères environnementaux. Depuis le 23 décembre 2009 et la publication du décret d’application de la loi de développement et de modernisation des services touristiques n°2009-888, promulguée en juillet 2009, les hôteliers doivent engager une démarche de sensibilisation au développement durable vers l’ensemble de leur personnel. Désormais, toute personne travaillant dans un hôtel doit être vigilant aux fuites d’eau, savoir trier les déchets et surtout pouvoir remplacer une ancienne ampoule par une basse consommation et non l’inverse ! « Ce critère de la sensibilisation est obligatoire dès la première étoile, explique Laurent Sénéchal, responsable de développement assistance technique et innovations chez Dekra, organisme certificateur Cofrac. Cette démarche est conseillée auprès des clients. Elle consiste par exemple à expliquer que le lavage des serviettes de bains peut être réalisé à la demande et non plus chaque jour comme il est courant dans la plupart des établissements ».

Depuis novembre 2009, les Chambres de commerce et de l’industrie expérimentent un dispositif d’accompagnement des professionnels du tourisme, dont le programme est intitulé « Respect, l’engagement tourisme durable ». L’objectif est d’orienter les chefs d’entreprise vers une démarche de développement durable sur la base de 16 critères (économiques, environnementaux, sociaux, éthique,…). En mars 2010, seuls 50 prédiagnostics ont été réalisés via leur réseau constitué de 250 conseillers spécialisés, mais l’assemblée des Chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI) prévoit au second semestre 2010 d’étendre ce programme sur toute la France.
L’Aquitaine a également lancé ce type de programme. Lancé en 2007, aux côtés de l’Ademe, cette région a proposé un programme d’accompagnement auprès de onze hôteliers pour les aider à obtenir l’écolabel européen. L’opération comprend deux jours de diagnostic et deux jours d’accompagnement. Les intervenants sont désignés par l’Umihra, pour un montant de la prestation de 750 euros par jour, soit 3000 euros pour la phase préparation et diagnostic. Le reste de la démarche Ecolabel est à la charge de l’hôtelier. Le financement est supporté à 80 %. A ce jour 15 hôtels sont labellisés, et 15 en cours de labellisation.

En outre, initialement ouvert aux hôtels, l’Umihra propose désormais des aides à l’attention des gérants de campings à titre individuel. Enfin, pour mieux promouvoir et fédérer les efforts réalisés par les gérants des hôtels labellisés, l’Umihra a créé un club, où en plus des tables rondes, des formations sont proposées. La prochaine formation au mois d’avril concernera « la valorisation commerciale de l’écolabel ».

La région Pays de la Loire est aussi très active dans ce domaine. En partenariat avec la CRCI, elle a lancé l’année dernière des programmes similaires d’aides aux hôteliers et des hôtelleries en plein air dans leurs démarches d’obtentions de labels. « Quand nous avons proposé ce label aux hôteliers, c’est d’abord pour faire des économies tout en participant à la protection de l’environnement. Nous n’avons jamais dit que cela rapporterait des clients en plus. Ceci dit, avec le recul, nous observons une augmentation du côté des réservations pour rendez-vous d’affaires entreprises notamment où la présence de l’écolabel s’inscrit comme un critère de sélection », conclut Alban Martinez, chargé de mission régional à l’Umihra.

Une enquête réalisée par Sophie Berest, journaliste pour Le Journal de l'EcoTourisme.

CONTACTS

AFE, Association Francaise d'Ecotourisme, Théophane Desvages et Pascal Languillon
www.ecotourisme.info

Afnor, Patricia Proia
Tél. : 01 41 62 62 26
patricia.proia@afnor.org
www.afnor.org

Dekra, Laurent Sénéchal
Tél. : 01 55 48 21 60

Gîtes de France, Patricia Pansier
ppansier@visitprovence.com

Guide Michelin, Sylvie Gillet
Sylvie.gillet@fr.michelin.com
www.cartesetguides.michelin.fr

Hachette, André Magniez
amagniez@hachette-livre.fr

La Clef Verte, Marie Leplay
Tél. : 01 45 49 02 09
marie.leplay@laClefverte.org
www.laClefverte.org

SPE Tourism,
www.spetourism.com

Umihra, Alban Martinez
Tél. : 06 60 87 31 15
umihra@orange.fr
www.umihra.fr